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 Un aller, cent retours.

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Narhuitlalashishtom
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MessageSujet: Un aller, cent retours.   Mer 20 Mar 2013 - 14:15

Jeunesse


Pour sa huitième incarnation, l’âme dont l’histoire vous sera contée fut transférée dans le corps de l’enfant nouveau-né d’un couple de disciples d’Enutrof.
Le fait que ces derniers, propriétaires d’une cidrerie amaknéenne, produisent un cidre vineux de très grande garde, sobrement nommé « Rêve de Dragon , n’était certainement pas étranger au prénom qu’ils choisirent pour leur rejeton.

Narhuitlalashishtom grandit donc au rythme des saisons et des visites de Protecteurs des mois particulièrement attentionnés, tels que Silvosse le Maître des Boutures et Pouchecot le Grand Fruité.

La petite fille se tourna très rapidement vers le culte du dieu Enutrof et, à l’âge de six ans, décida que, une fois grande, elle ferait partie de la Firme. En effet, les Hiboux étant les dépositaires et les gardiens de tous les secrets, qu’ils soient bancaires ou non, elle ne jurait que par eux.

Après que les nobles volatiles lui aient, une fois de trop, cloué le bec puis volé dans les plumes, elle se promit de les ridiculiser en devenant plus riche et plus cultivée qu’eux. Elle connaîtrait tout du Monde des Douze ! Aucun détail, aucune histoire, qu’elle soit passée, actuelle ou future ne lui échapperaient. Et elle se ferait payer pour les raconter ! Oui, Narhuitlalashishtom supplanterait la Firme et lui ferait regretter le dédain et l'air compatissant des ses représentants à plumes…

La cérémonie de la Confirmation, à l’âge de ses douze ans, ne fut qu’une formalité pour elle. Elle avait Enutrof dans le sang, l‘avidité dans les veines et l’avarice dans les os.

Elle profita des livraisons du cidre parental pour découvrir le monde, rencontrer les gens qui le peuplaient et ne rata jamais une occasion de s’instruire même si cela devait lui coûter quelque chose.

A sa majorité, elle partit, seule, sur les routes. Apprenant sans cesse, elle vécut des emplois qu’on lui offrit. Tour à tour botaniste, anthropologue, laveuse de carreaux, zoologue et détective, les professions s’enchaînèrent et défilèrent au gré de ses envies et de sa soif de découvertes.

C’est justement la soif qui fut à l’origine de l’une de ses rencontres les plus marquantes.

A l’époque représentante en éponges de la Mer d’Asse, elle démarchait les habitants de la capitale de Pandala, profitant des exonérations de taxe sur les produits ménagers. Ayant effectué trop peu de ventes à son goût, elle entreprit de démarcher le tenancier de l’auberge la plus importante du bourg.

Cependant, elle n’y trouva pas le moindre client. Seul le patron se tenait au comptoir, pleurant sur son triste sort et se mouchant dans ce qui avait dû être autrefois un chiffon à nettoyer les chopes.

Il lui apprit que l’auberge, ainsi que toutes les autres, étaient fermées suite à l’arrivée d’un shushu particulièrement vicieux. L’être démoniaque s’était attaqué à toutes les réserves d’alcool de la ville et semblait avoir décidé de terminer par la sienne.

Narhuitlalashishtom s’étonna que personne ne l’ait arrêté et le commerçant éploré lâcha que les gardes n’avaient rien pu faire. Le shushu était minuscule et réussissait toujours à s’évader.

N’avait-on pas essayé de le supprimer ? Non, il avait dévoré les armes qu’on braquait sur lui en un rien de temps ! Personne n'avait-il usé de magie contre lui ? Bien sûr que si et, hélas, le monstre s'en était délecté avant d'éructer les sortilèges employés au visage de leurs expéditeurs.
C’était la pire des plaies qu’on puisse trouver : un puits sans fond ! Il n’y aurait bientôt plus une seule goutte d’alcool sur l’île et la déesse Pandawa serait bien embêtée.

Narhuitlalashishtom eut une idée. Elle se proposait de remédier au problème des adeptes de l’ivresse si ceux-ci consentaient à lui acheter la totalité de son stock de 33 691 éponges à 9 Kamas l’unité. Exceptionnellement remboursable si elle échouait. Ce qui n’arriverait pas, certifia-t-elle.

Ce qui n’arriva pas, effectivement.

Elle ressortit des caves de l’établissement plusieurs heures après y avoir pénétré. Elle tenait entre ses petites mains un sac de toile huilée. Rapiécé en divers endroits, ses coutures étaient larges et renforcées. Doté d’un système de fermeture impressionnant, il était équipé d’une boucle de métal patinée par le temps et plus grosse que nécessaire. Au centre de cette dernière clignait un œil unique dont l’iris et la prunelle étaient confondus.


« Je vous présente O’Mnom’Nom, clama la jeune fille.

- Mais… balbutia l’aubergiste. C’est votre sac ?

- D’un certain point de vue, oui. J’ai réussi à enchâsser le shushu à l’intérieur de mon sac à dos, jubila-t-elle. Désormais,il m’est soumis et entièrement dévoué ! »

Narhuitlalashishtom avait parlé un peu trop vite. Elle se rendit compte que, outre les fantastiques propriétés dimensionnelles apportées par le shushu au sac, celui-ci gardait le contrôle du poids du contenant. Et il ne se privait pas d'en jouer pour manifester son mécontentement. Autant sa porteuse pouvait y stocker une quantité illimitée d’objets, autant il appartenait à O’Mnom’Nom de lui en faire ressentir le poids ou non.

Les premiers temps de leur association furent rythmés par les caprices du démon et les tentatives de réconciliation de la disciple du Dieu Dragon autour d’une onéreuse bouteille d’alcool. Finalement, chacun finit par trouver ses marques, ses repères, et ils constituèrent un duo itinérant aussi atypique qu'efficace.

Après cette rencontre exotique, Narhuitlalashishtom se passionna pour l’orfèvrerie. Ciselant les métaux précieux, polissant les plus belles gemmes, elle fut l'élève d'Azra Lazarus, l'apprentie de Marge Gondersun et la disciple de Milone Corichel. Ils lui enseignèrent tous trois l'art de plier l'argent, de fondre l'or et d'incruster les éclats précieux durant de longs mois. C'est au cours la formation qui lui fut dispensée qu'elle céda aux sirènes d'une autre de ses passions : elle devint romancière.

Dès lors, passant plus de temps à noircir le parchemin qu'à concevoir des parures, elle vécut une vie de bohème rythmée par la seule envie d'écrire. Cette dernière ne la quitterait plus.

Sa plume ne lui permettant pas de se remplir l'estomac, Narhuitlalashishtom se fit chasseuse de primes. Traquant sans relâche ceux dont la tête avait été mise à prix, elle devint l'outil zélé d'une justice quelque peu laxiste.
Bien vite lassée d'avoir à se mettre à la recherche d'individus qui seraient relâchés sitôt livrés aux forces de l'Ordre, elle déposa les armes et recycla ses avis de recherche.

Revenant à ses premières amours, la jeune femme devint trouvère puis biographe. Parcourant les chemins, landes et autres forêts du Monde des Douze, faisant de chaque jour une fête, elle se moqua des uns, chanta les louanges des autres sans jamais se soucier d'autre chose que d'énoncer la vérité nue. Sa vérité.

A vingt-six ans, elle se fit critique gastronomique. Ses commentaires firent et défirent de nombreux noms. On se souviendra longtemps de la perte des trois toques d’or du chef Popol Bokuz ayant entraîné la fermeture de la Tour d’Hiver à Bonta, suite à un mauvais accord entre les vins et les plats qui avaient été servis à la très épicurienne mais néanmoins impartiale Narhuitlalashishtom.

Curieuse et bonne vivante autant qu’avide de nouvelles expériences, elle fit plusieurs fois le tour des continents.

Dès l’âge de trente ans, elle entreprit de publier une série, toujours en cours, de monographies.

Traitant de sujets qui l’ont intéressée, ses ouvrages, pour n’en citer que quelques-uns, répondaient aux titres de La géothermie pour ceux qui n’y connaissent rien, Les usages des herbes sans se planter, Sumens, la foi au fond des tripes



Dernière édition par Narhuitlalashishtom le Mer 27 Mar 2013 - 20:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un aller, cent retours.   Mer 20 Mar 2013 - 17:39

Déchéance


A partir de l'âge de quarante-cinq ans, Narhuitlalashishtom eut la désagréable impression d’avoir tout découvert, décrit ou recensé. Même les créations d’Otomaï ne suscitaient plus son intérêt. Ecoeurée, vannée et blasée par la fadeur de ce monde qu'elle se plaisait tant à parcourir naguère, elle se mit à mépriser les autres. Tous les autres.

Acariâtre, elle publia tour à tour Le Bworkus Pasapiensdutus var.Kikitoudur, cet animal grégaire, Le suicide pour les nuls et Le petit bourreau illustré avant de sombrer dans la dépression, les drogues et les paradis artificiels.

Cessant de voyager, elle s’enferma dans une chambre d’hôtel minable située dans le quartier des docks de Sufokia. Ne sortant de cet antre, où elle s’acharnait à se tuer lentement mais sûrement, que dans le but de s’approvisionner en substances illicites acheminées par des marins peu scrupuleux.

A cette époque de sa vie, Narhuitlalashishtom n’est plus qu’un fantôme de celle qu’elle était autrefois.

Les cheveux filasses, les yeux cernés, les joues creusées et les doigts squelettiques, son corps est alors parcouru de spasmes dus au manque. Ses membres décharnés portent les stigmates des pratiques obscures auxquelles elle s’adonne.

O’Mnom’Nom a, depuis longtemps, été remisé dans un placard et livré aux avanies du temps.

Narhuitlalashishtom, véritable fantôme, sent la vie et la réalité quitter son corps, ne reprenant conscience que pour s’abandonner aussitôt à la morsure d’une drogue plus forte que les précédentes.

La notion de temps ne signifie plus rien pour elle et, après une énième absorption de graines de scorbute réduites en poudre, elle se sent partir, une nuit.

Se sentant glisser, elle ne cherche pas à lutter. Elle ouvre les bras à cette sensation, plus puissante que d’habitude, et se rend compte qu’elle lévite au-dessus d’un creuset de métal fondu. Amusée, l'égarée se met à glousser et entreprend de mimer une brasse pour aller se baigner dans ce qui ressemble tant à de l’or liquide.

Soudain, une tête reptilienne émerge du chaudron ! Bientôt suivie d’un corps tout entier. Et quel corps ! Un cou long et écailleux ! Des pattes griffues et serties de joyaux ! Des ailes qui auraient pu recouvrir dix maisons bourgeoises se déploient en un claquement semblable à un coup de tonnerre ! Une queue interminable et épineuse saisit le creuset et en déverse le contenu dans une gueule aux dimensions fantasmagoriques !

Enutrof, car c’est bien lui, plante alors son regard dans celui, halluciné, de Narhuitlalashishtom et gronde d’une voix terrible, d’une voix furieuse, d’une voix déçue :


« QU’EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ? »


Douchée par l’apparition, la pauvre loque se met à hoqueter, un flot de larmes ininterrompu coulant le long de ses joues fripées et de son menton tremblotant.


« QU’AS-TU FAIT DE TA FOI EN MOI ? »


Narhuitlalashishtom, recroquevillée sur elle-même, continue de flotter dans les airs, petite boule de chair et d’os.


« QU’ES-TU DEVENUE ? »


Elle ne sent pas ses ongles s’enfoncer dans la paume de ses mains crispées et ne remarque pas plus l'hémoglobine qui s'est mise à perler des lèvres desséchées qu’elle vient de mordre. Pourquoi lui fait-il cela ? Pourquoi lui fait-il tant de mal ?


« QU’EST-IL ADVENU DE CETTE AVIDITE SI PARTICULIERE QUE TU CHERISSAIS TANT ? »


Alors elle explose. Laissant libre cours à toute cette rage qu’elle a accumulée durant ces années de prostration. Quelle découverte n’a-t-elle pas faite en son nom ? Que n'a-t-elle pas déniché, décrit, dessiné, examiné, expliqué et compris pour lui ? Que lui manque-t-il ? Elle jette cette dernière question plus qu'elle ne la pose.


« TOUT. » , lui répond-il.


« LE GRAND TOUT. » , lui précise-t-il.


Elle ne comprend pas. Elle ne comprend plus.


« LE BATTEMENT DE CŒUR PRIMORDIAL. LE SOUFFLE ORIGINEL. »


Les Dofus ? Fébrile, elle s'est rappelée les termes consacrés mais ils lui paraissent si flous, si lointains... Son crâne lui fait souffrir le martyr, des frissons la parcourent des pieds à la tête tandis que d'insupportables haut-le-coeur se mettent à l'étreindre. Hoquetant, péniblement, elle se raccroche cependant à ce qu'elle a cru savoir un jour. Ils existeraient vraiment ?


« PAS POUR CEUX QUI ONT PERDU LA FOI. »


Narhuitlalashishtom remarque le sang qui a goutté sur ses haillons.


« UN TEL GÂCHIS… TU N’AS PEUT-ETRE PAS ROULE SUR L’OR MAIS TU AVAIS AMASSE DE TELLES RICHESSES ! »


Eplorée, Narhuitlalashishtom gémit. Si la quête des œufs draconiques lui est interdite, que lui reste-t-il donc ?


« CE QUI A PRECEDE L’HARMONIE. CEUX QUI ONT ENGENDRE CELLE-CI. »


Les dragons ?


« LES DRAGONS. »


Sonnée, elle balbutie, hésite et ce ne sont que d'infâmes borborygmes qui s'échappent de sa gorge.


« QUI LES A DECRITS ? QUI LES A RENCONTRES ? QUI LEUR A SURVECU ? »


Personne. Personne ne savait rien d’eux ! Personne ne… Le savoir.

L’esprit de Narhuitlalashishtom, abruti par les drogues, éprouvait un manque nouveau. Un manque ancien. Celui de savoir. Celui de comprendre. Celui de posséder ce qui ne l’était pas.

Les brumes qui voilaient les yeux de la vieille femme ne purent dissimuler une lueur revenue d’une époque qu’elle pensait révolue : celle de la cupidité.

L’Avaricieux éclata de rire et claqua des mâchoires. Narhuitlalashishtom, trempée de sueur, se réveilla sur les lattes disjointes et moisies de sa chambre où les rayons du soleil venaient de poindre.

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MessageSujet: Re: Un aller, cent retours.   Jeu 21 Mar 2013 - 19:53

Renaissance


Le sevrage dura plusieurs semaines, son corps faisant payer ses excès à Narhuitlalashishtom.

La petite femme repartit sur les routes dès qu’elle s’en sentit capable.

Le plus difficile fut de récupérer Om’. Regagner cette confiance qu’il avait mis si longtemps à lui accorder fut de loin la tâche la plus ardue qu’elle eut jamais entreprise.

Durant de longs mois, Narhuit’ en fut réduite à le porter, sans broncher, alors qu’il alternait vicieusement les changements de poids, les insultes et les coups bas.

La détermination de la disciple d’Enutrof finit par forcer le respect du shushu et il s’abandonna à elle. Leurs rapports redevinrent les mêmes qu’avant ce qu’ils nommeraient dorénavant « la crise de la quarantaine ».

Narhuitlalashishtom entreprit de se lancer à la recherche d’Ignemikhal le Sulfureux mais se rendit compte, après plusieurs mois d’investigation, que les avis divergeaient sur la localisation du dragon élémentaire.

Pour les uns, il sommeillait au fond du cratère d’un volcan. Pour les autres, il avait tout simplement quitté ce monde pour gagner la voûte stellaire.
Qu’à cela ne tienne ! Narhuitlalashishtom se fit volcanologue et, avec Om’, explora, une année durant, les cratères Pillar, Monseleya, Minus, Nehr et Mopyle de la tropicale île de Vulkania.

Elle en profita pour étudier les moeurs des krokilles, apprit à ne pas figurer au menu de ces dernières et rencontra les principaux acteurs de la (sur)vie sur l'île, le tout sur fond de carte postale. Sous ces dehors d'éden, Vulkania était l'île la plus bruyante sur laquelle la disciple d'Enutrof posa jamais les getas.

La jungle bruissait, jour et nuit, de milliers de cris. Aventuriers s'égosillant, faune sauvage et sans-gêne, ressac lointain des vagues sur les contreforts de lave... Il s'agissait bel et bien d'une destination aventure : toute tentative de repos y était vaine !

L'étude de l'îlot Zamodasse ne révéla rien que lui soit d'une quelconque utilité dans sa quête mais, de son aventure vulkanienne, Narhuitlalashishtom tira tout de même de quoi rédiger Vulkania'que, G.O : Saccerdoce ou vocation ? et Cinq cratères à terre.

Amer constat de cette année passée à éviter de se faire carboniser la pillule au soleil, la petite femme n'avait découvert aucun renseignement sur la localisation du dragon élémentaire.

Sans se démonter, elle revint sur le continent pour devenir astronome. Elle étudia les cartes du ciel auprès du mage Ax dans ce qui deviendrait, beaucoup plus tard, le sanctuaire de l’Almanax. Sa curiosité et sa soif d’apprendre l’amenèrent à se renseigner auprès de l’astrologue Yova Etna.

Cette dernière lui apprit seulement que sa mort serait accidentelle et impliquerait pas moins de quatre-vingt-quinze personnes, deux cubozoaires et un bocal de confiture.


Dernière édition par Narhuitlalashishtom le Lun 1 Avr 2013 - 0:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un aller, cent retours.   Ven 22 Mar 2013 - 16:16

Terrakourial

En désespoir de cause, Narhuitlalashishtom passa à la recherche de Terrakourial, pensant obtenir auprès de lui des informations sur les repaires draconiques.

Le dragon aux écailles d’émeraude avait marqué un esprit brillant : celui d’Otomaï, gardien des Dofus ocres. Narhuit’ rendit donc visite à cet alchimiste qui n’avait eu de cesse que de l’amener à modifier sans trêve son inventaire des espèces vivantes recensées.

Selon ce dernier, Terrakourial aurait vécu sur l’île bien avant qu’il n’y installe son laboratoire. Il lui raconta le combat qui l’avait opposé au Kralamoure géant et comment, après la défaite du titanesque céphalopode, il avait extirpé de la tourbe une couvée entière d’œufs magiques.

Otomaï fit donc part de ses conclusions à Narhuitlalashishtom : le nid du dragon se trouvait dans la Tourbière sans Fond. Il se trompait, bien sûr. Cependant, hormis les dieux, personne ne le savait.

La fervente de l’Avaricieux passa deux années dans la fange traîtresse, pataugeant dans la boue, luttant contre les moskitos, les sangsues et les ouassingues. Deux longues années au cours desquelles elle apprit à faire du feu dans l’eau et à trouver un usage médicamenteux, nutritif et mortel à chacune des plantes qu’elle répertoriait. Deux humides éternités s’écoulèrent avant qu’elle ne rencontre celui qu’elle cherchait.

Ce fut lui qui la trouva, une nuit, alors qu’elle sirotait une tisane de trèfles d’eau accompagnée d’une pipe de salvia. Son corps long et sinueux émergea à moitié de l’onde trouble dans laquelle il avait laissé une trainée végétale et il darda sa langue bifide en direction de la fumeuse, goûtant les volutes qui s’échappaient du fourneau de sa pipe.

Secouant sa crinière tilleul, il projeta sa voix dans l’esprit de Narhuit’.

Il exprima sa curiosité pour celle qui arpentait le marécage sans jamais donner l’impression d’avoir trouvé ce qu’elle cherchait. D’une certaine façon… Cette petite fourmi lui rappelait sa triste condition.

Elle détailla alors Terrakourial. Celui-ci paraissait… fatigué. Sa robe souillée par l’eau stagnante, ses écailles ternies n’étaient qu’un pâle reflet de celles qu’on comparait depuis toujours à l’éclat de milliers d’émeraudes. Véronèse, son corps serpentueux accrochait les rayons de la lune.


« Que cherches-tu, petite chose ?

- Je ne cherche plus. J’ai trouvé, souffla-t-elle en même temps qu’une volute de fumée.

- Que cherches-tu, bouchée de rien ?

- Le grand Tout, les petits riens… Ce qui me rendra vivante et plaira à l’Avaricieux, répondit-elle d’un ton rêveur.

- Tu sembles… heureuse, observa le dragon.

- Pas vous. Pourquoi ?

- L’insolence mortelle ! On ne demande pas au grain de poussière de comprendre la montagne.

- La montagne, si grande fût-elle, finit toujours par retourner à la poussière… »


Terrakourial pouffa.


« A quoi bon ? Tu ne seras bientôt plus de ce monde…

- Y a-t-il de la confiture dans cette partie de la tourbière ? »


Le dragon, méfiant, répondit que non.


« Alors j’ai tout mon temps. Racontez-moi, je vous en prie. J’écouterai ce que vous aurez à dire et respecterai votre silence sur les choses que vous souhaiterez taire. »


Alors Terrakourial sortit de l’eau et gagna la berge où Narhuitlalashishtom s’était installée. Se lovant sur lui-même, il commença à raconter. Il expliqua qu’il était seul mais que cela n’avait pas toujours été le cas.


« Et vos frères ? » s’enquit la curieuse.


Il n’y a pas de « famille » chez les dragons. Il ne rendait guère visite aux autres enfants de Spiritia, préférant se remémorer les jours heureux et les temps anciens.

Il décrivit la canopée luxuriante, la symphonie et le pépiement des volatiles, l’exubérance du cortège végétal, le chatoiement des couleurs, la vie sans cesse différente selon les étages de végétation.
Il raconta l’apparition de cet être qui lui était si semblable, la joie qu’il avait éprouvé, ce qui en avait résulté. Puis il évoqua la disparition, l’incompréhension, les recherches et la douleur d’avoir perdu les fruits de son amour.
Enfin, il aborda son désintérêt des choses du règne végétal, la torpeur dans laquelle il s’était plongé, le sommeil de l’oubli... son premier réveil lors de l’arrivée massive d’êtres bruyants et rampants, comme elle, sur ce qui était désormais devenu une île séparée du continent.

Narhuitlalashishtom resta silencieuse.

Qu’un être aussi puissant et ancien passe la nuit à lui faire vivre des évènements appartenant à un passé millénaire, s’adressant directement à son esprit, était aussi exténuant que merveilleux.

Après plusieurs minutes de concentration, elle trouva les ressources nécessaires et prit la parole.
Elle le remercia et expliqua que c’était maintenant son tour de faire cadeau d’une histoire. De faire un don de joie, de témoigner son respect.

Alors elle raconta la quête de l’Avaricieux, son échec dans la recherche d’Ignemikhal, sa rencontre avec Otomaï et, enfin, pourquoi elle était venue le chercher, lui, Terrakourial, dans cet endroit et nulle part ailleurs. Elle raconta l’affrontement entre l’alchimiste et le Kralamoure.

Les mots se pressaient et se bousculaient dans la bouche de la petite femme mais sa volonté ne faiblit pas. Elle savait qu’elle allait arriver à ce moment si important de son récit mais elle ne devait surtout pas précipiter les choses. Des larmes, de fatigue, de joie, de nervosité, commencèrent à poindre au bord de ses paupières.

Elle révéla la découverte de l’alchimiste.



« »


Alors, le dragon se redressa de toute sa hauteur, serpent tourné vers le ciel, et déchira le silence qui précède l’aube d’un cri unique exprimant, à la fois, rage et allégresse.

Narhuitlalashishtom désigna du doigt, de son bras, de son corps tremblant, la direction de la demeure de l’alchimiste. L’être draconique avait déjà disparu. Lentement, elle s’assit, tira un grimoire de la panse d’Om’, tailla une plume et entreprit de coucher, sur le vélin humide de larmes, l’histoire de Terrakourial aux écailles d’émeraude.

Cette année-là, une armada de curieux se précipita sur l’île d’Otomaï : l’Arbre Hakam venait de fleurir.
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Narhuitlalashishtom
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MessageSujet: Re: Un aller, cent retours.   Sam 23 Mar 2013 - 19:03

Aerafal

Collecter des informations sur Aerafal s’avéra très facile. Le trouver, beaucoup moins.

Dans l’imaginaire collectif, on associait le nom d’Aerafal aux plus hauts sommets et on prêtait au dragon un tempérament badin… et destructeur.
Les manifestations climatiques remarquables lui étaient toutes attribuées, de la bise à l’ouragan en passant par le petit-vent-chaud-de-fin-d’après-midi-qu’il-fait-si-bon-d’apprécier-une-bière-glacée-à-la-main. Restait à savoir quoi faire de ces « informations ».

Narhuitlalashishtom opta pour la décision la plus terre-à-terre.

Elle se mit à arpenter sans cesse les canyons des Montagnes des koalaks, à enchaîner les sommets les plus hauts, à la recherche de l’endroit où les vents naissaient.

A défaut de trouver ce dernier, elle tira de son périple aéré plusieurs ouvrages dont Du vent dans ma tête, des papillons dans mon estomac, La vie d’anémo’maître et Neuf hordes plus tard.

Après cinq années d’errance et d’escalade, elle se fixa comme ultime objectif l’ascension du Mont Torrideau.

S’installant sur l’île de Frigost, elle s’entraîna six mois durant dans la Crevasse Perge.

Apprenant à survivre au froid, à la morsure du vent, à la faune locale, à la neige et ses volutes vicieuses, à la glace et ses effets pervers, Narhuitlalashishtom s’initia au contre, à l’écoulement des fluides aériens, aux différentes pressions et densités de l’air.
Roc dans la tempête, elle apprit à progresser face contre terre. Elle découvrit la mitraille des plus petites particules jetées en l’air, retint que progresser le long d’une paroi n’était pas un gage de sûreté et dévissa sans cesse.
S’équipant chaudement, elle revêtit une armure de cuir fourrée et renforcée de plaques d’acier protectrices aux articulations. Affublée d’un casque et de lunettes de protection aux verres épais, elle chaussa de lourdes bottes ferrées et crantées.

A cette époque, Om’ lui sauva la vie à de nombreuses reprises. Il lui permit d’emporter avec elle une quantité considérable de vivres et d’équipements, lui épargnant de perdre du temps et de l’énergie à chasser ou retourner s’approvisionner en ville.

L’ascension du Mont Torrideau lui prit plus d’un mois et demi. Durant celle-ci, elle se rendit compte que rien, pas même son entraînement, n’aurait pu la préparer à de telles conditions d’ascension. Les avalanches et les tempêtes devinrent le cadet de ses soucis. Elle était devenue sa plus grande ennemie dans ces hauteurs gelées et désertiques.

Arriva enfin le moment où il lui fut impossible de progresser plus avant : une falaise de glace lui faisait face, elle n’avait d’autres options que de faire demi-tour ou de tenter l’escalade.

Après avoir longé la paroi durant deux jours, elle constata qu’elle était aussi lisse que du verre, quelle que soit la direction dans laquelle elle aurait pu aller.

Au matin du troisième jour, après s’être assurée des « bonnes conditions climatiques », Narhuit’ commença l’escalade, entamant la glace à coups de piolets, crampons et autres pointes métalliques fixées sur les renforts de ses genoux.
La glace était si lisse qu’elle put se mirer dedans et chaque mètre gagné se faisait suite au poignardage lent et méthodique de ce reflet qu’elle apprit à détester. A détester mais apprécier car, du moment qu’il lui faisait face, c’est qu’elle n’était pas tombée.

Dormant à-même la paroi, arrimée solidement, dans le vide, elle passa cinq jours en l’air, vissée à la surface dure, froide et glissante.

A la fin du cinquième jour, elle aperçut, légèrement sur sa droite et une centaine de kamètres plus haut, la présence d’une anfractuosité dans la montagne.
Cette découverte, véritable coup de fouet, la poussa à continuer son ascension en dépit du bon sens.

Une fois l’ouverture atteinte, Narhuitlalashishtom s’écroula après avoir rampé sur une courte distance et s’endormit, cédant à toute la fatigue accumulée.

Lorsqu’elle se réveilla, de nombreuses heures plus tard, elle se rendit compte qu’elle se trouvait à l’entrée d’un large tunnel poli par les assauts répétés du vent. Se munissant de torches extirpées du ventre d’Om’, elle prit un rapide repas et, après avoir jeté un dernier regard au vide et au paysage se révélant à elle, elle pénétra au cœur de la montagne.

Très rapidement, elle se rendit compte qu’elle n’avait pas besoin d’autre lumière que celle qui provenait de l’entrée et qui se réfléchissait, çà et là, sur des plaques de givre ou de glace.
Son avancée dans la montagne se poursuivit et, après quelques minutes de marche, elle déboucha dans une vaste salle percée de nombreuses ouvertures. Très lumineuse, la caverne était éclairée par des rayons de soleil, encore une fois réfléchis sur des portions de paroi polies.

Les parois intriguèrent d’ailleurs Narhuit’.

Celles-ci semblaient se mouvoir, vivantes, ornées de motifs aériens. Après une rapide exploration de la salle, la disciple d’Enutrof remarqua que son centre semblait scintiller et ondoyer entre les rais de lumière, chose qu’elle n’avait pas notée à son entrée.

Aerafal se matérialisa alors.

Son corps cristallin accrochant chaque rayon lumineux, le dragon déploya ses deux paires d’ailes longues et fines. Ses yeux de jade fixés sur Narhuitlalashishtom, il approcha sa tête opaline de la visiteuse et asséna à son esprit ce qui semblait être un gloussement de satisfaction.

Qu’un être aussi imposant et puissant qu’un dragon approche un mortel était déjà, en soi, un évènement profondément perturbant. Mais qu’il se mette à glousser dépassait, de loin, les pires surprises que l’on puisse faire à quiconque. Et Narhuitlalashishtom ne s’attendait certainement pas à ce qui allait suivre.

Aerafal lui déclara, d’un air joueur, reconnaître l’odeur de Terrakourial. Ainsi, elle l’avait rencontré ?



« O-Oui. » parvint-elle à articuler.


La montée lui avait-elle plu ?



« Qu…Pardon ? »


Comment était le chemin qu’elle avait emprunté pour parvenir jusqu’à son aire ?


« Vertigineux. »


Que voulait-elle ? Le dragon s’amusait et semblait sauter d’une question à une autre sans donner l’impression d’écouter les réponses qu’elle lui donnait.

Elle lui raconta alors ce qu’elle avait déjà narré à Terrakourial, ajoutant à son récit les derniers évènements survenus avant leur rencontre. Tout y passa. La déception d’Enutrof, la soif de savoir, les embûches, les rencontres.

L’animal draconique lâchait quelques trilles et sifflotements, toujours en mouvement, arpentant un itinéraire sans cesse changeant à travers la salle. Une fois qu’elle eut terminé, il lui laissa reprendre son souffle et la déstabilisa une fois de plus :



« Jouons.

- Que voulez-vous dire ?

- Faisons un jeu, lui expliqua-t-il impatiemment.

- Ai-je le choix ?

- Non, répliqua-t-il d’une pensée moqueuse.

- Quel jeu ? s’inquièta alors Narhuitlalashishtom.

- Sur les parois de cette salle, j’ai enchâssé, incrusté et ciselé toutes les formes du vent. Si tu parviens à donner le nom de chacune d’entre elles, j’accepterai de t’aider dans cette quête qui semble te tenir tant à cœur.

- Et si… Si j’échoue ?

- C’est très simple, tu resteras ici jusqu’à ce que mort s’ensuive. »


La petite femme s’avança donc vers l’une des parois et commença à caresser l’un des glyphes du bout des doigts.

Ce premier ornement était aisé à décrypter, il s’agissait d’un zéphyr ! Le dragon gloussa, sensation perturbante, et désigna un autre motif. Une… bouffée ? Le reptile à la parure cristalline acquiesça.

Vint alors la reconnaissance de vents chauds, de vents froids, de vents forts, d’autres beaucoup plus légers, les saisons s’en mêlèrent, la géographie aussi.

Narhuitlalashishtom se prêta au jeu. Elle tâta les parois, les renifla, les goûta parfois, établissant la liste de tous les vents qu’elle avait rencontrés, affrontés et caressés au fil de ses pérégrinations. Recomposant une véritable carte mentale de ses voyages et des climats.

Aerafal exultait ! Il s’amusait des hésitations de son invitée et ne manquait pas de lui demander de se justifier.

L’adepte de l’Avaricieux savait qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur ou au trou de mémoire. Aussi, lorsqu’elle acheva de nommer l’ultime motif, elle ne put s’empêcher de tomber des nues face à la réaction de son hôte :



« Il en manque un. D’autant plus important qu’il s’agit du plus évident ! »


Narhuitlalashishtom demeura interdite.


« Je ne l’ai pas représenté par manque de place. Il aurait occupé la salle entière à lui tout seul. Quel est-il ? »


Narhuitlalashishtom le soupçonnait de tricher.

Elle refit mentalement la liste de tous les vents qu’elle avait cités, inspecta à nouveau certaines parois, chercha des indices qui n’existaient pas. Elle paniquait et se préparait déjà à finir son existence cinq jours au-dessus du sol.

Elle avait bien une idée, risquée certes, mais elle n’était pas sûre d’elle. Au moment où elle s’apprêtait à répondre « le dernier souffle », elle remarqua l’air goguenard qu’affichait le dragon.

Soudain, elle comprit et la réponse lui apparut, évidente. Limpide. Aussi transparente que l’air. Aussi cristalline que…



« Aerafal. »


Le dragon retroussa ses babines, dévoilant ses crocs.


« Aerafal, l’Origine du Vent. Maître de l’élément aérien et Souffleur de Nuages. Aerafal et son Nid des Tempêtes. Vous êtes la réponse. »


Aerafal, amusé, continua d’onduler dans l’air durant quelques secondes et, finalement, se posa au sol.


« Installe-toi confortablement, petite fille, mon histoire est loin d'être courte. »


Narhuitlalashishtom préleva alors de la panse d’Om’ de quoi s’asseoir, s’emmitoufler et écrire.

Après s’être lové sur lui-même, Aerafal cristallisa une pipe éthérée. Remarquant que son interlocutrice en sortait une plus ordinaire de son sac, au tuyau d’ortie et au fourneau de cerisier, il lui proposa de partager son tabac.

Celui-ci ne se présentait pas sous la forme conventionnelle. Il semblait fait de vent et, de fait, c’était presque le cas. Léger, aérien, il invitait à la détente.
Aerafal l’avait appelé « Ombre du Vent ». Chaque bouffée était sifflante et laissait des courants d’air plein la tête.

Après plusieurs inspirations, le dragon élémentaire commença à raconter son histoire.

A la fin de son récit, il laissa à Narhuitlalashishtom le temps d’assimiler ce qu’elle venait d’apprendre et la raccompagna, doucement, vers le précipice.

Une fois parvenus au bord du vide, il lui proposa d’écourter le trajet du retour.

Bien que suspicieuse, Narhuitlalashishtom accepta la proposition. Alors Aerafal la propulsa dans le vide à l’aide d’un vent puissant et tiède jailli directement de sa gueule. S’exclamant qu’il était temps pour elle de chevaucher le vent et de voler de ses propres ailes, il laissa résonner son rire dans l’esprit paniqué de la petite femme.

Ballotée par le vent draconique, elle quitta Frigost, survola l’océan puis l’île de Sakaï avant de se poser, plume duveteuse, sur une plage de la baie de Cania.

Vomissant tripes et boyaux, elle jura qu’on ne l’y reprendrait plus. Après s’être débarbouillée, elle partit en direction de Brâkmar dans le but de collecter des informations sur Aguabrial.

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MessageSujet: Re: Un aller, cent retours.   Dim 24 Mar 2013 - 17:50

Aguabrial


Ses investigations dans la cité sombre se révélant infructueuses, Narhuitlalashishtom se mit à la recherche des descendants de la seule personne connue pour avoir été proche du dragon élémentaire : Ereziah Melkewel. Afin d’identifier les possibles descendants et héritiers de l’alchimiste, décédé depuis longtemps, elle se fit généalogiste.

A force de recoupements d’arbres familiaux denses et alambiqués, Narhuit’ finit par mettre la main sur un lointain héritier de Melkewel. Celui-ci vivait dans l'un des faubourgs de la cité d’Astrub.

Ancien maçon, il avait perdu son emploi suite à un accident de chantier. Dans l’incapacité de se faire soigner, il avait progressivement sombré dans les affres de la dépression et les tourments de l’alcool.

Narhuit’ le retrouva dans l’arrière-salle d’une taverne clandestine dans laquelle l’espérance de vie était divisée par deux dès que la première boisson était consommée.

La gloire de son ancêtre ne rejaillissait pas sur l’homme.

Trapu, penché sur sa chope d’alcool à brûler, ses cheveux gras retombaient devant ses yeux. De loin, Narhuit’ ne distingua de lui qu’une formidable masse corporelle. S’il avait été musclé et élancé, cela remontait à bien longtemps.

S’installant à la table de l’héritier, la petite enquêtrice se présenta, retenant un haut-le-cœur devant l'odeur de sueur rance.

Relevant la tête pour distinguer son interlocutrice, l’ivrogne dévoila ses traits. Ceux-ci étaient ingrats : son visage était marqué par la boisson, ses joues flasques et mal rasées et l’une de ses paupières était agitée d’un spasme nerveux.

Commença alors un long interrogatoire, rythmé par le ballet des chopes de bière et les expirations fétides de l’héritier de Melkewel. Ce dernier révéla qu’il détestait son illustre ancêtre et, contre un fût de Pandapils et le règlement de sa conséquente ardoise, il accepta de révéler ce qu’il savait de lui.

Aussi en colère qu’il ait pu affirmer l’être, le descendant d’Ereziah parut transfiguré lorsqu’il raconta la vie de son ancêtre. Comme si le simple fait d’être dépositaire de l’histoire d’un tel personnage relevait d'une mission sacrée. Narhuitlalashishtom apprit donc de la bouche aux remugles alcoolisés que, pour atteindre l’antre d’Aguabrial, il lui suffirait de se rendre au pied du pont de la rivière Kawaï et de remonter le cours de cette dernière jusqu’à sa source.

Remerciant le triste ivrogne, Narhuit’ suivit ses instructions à la lettre. Parvenue à l’endroit indiqué, elle suivit le torrent le long de la berge jusqu’à ce que celui-ci disparaisse et s’enfonce sous d’épaisses frondaisons.

N’ayant pas d’autre choix que de faire de même, la disciple d’Enutrof se jeta à l’eau, remontant le courant.

Om’, régulièrement empêtré dans les branches basses, rendait la progression malaisée.

Au fur et à mesure que la luminosité décroissait, ces mêmes branches se firent plus traîtres et agressives. Agrippant sans remords les pièces vestimentaires vulnérables, giflant chaque parcelle de peau, elles donnaient l’impression d’être dotées d’une conscience collective, vouées à l’attaque de toute chose pensante.

Le débit du cours d’eau ne cessait de diminuer pour, finalement, se transformer en un ruisseau sonore dont le glougloutement se mit à résonner lorsque Narhuitlalashishtom pénétra dans ce qu’elle savait être la demeure d’Aguabrial.

Elle retrouva alors ce qui lui avait été décrit par le descendant d’Ereziah : la fraîcheur de l’endroit qui la transperça jusqu’à la moelle, les stalagmites aussi larges que le tronc de hêtres sexagénaires, les parois luisantes et dégoulinantes recouvertes, ça et là, par des plaques de mousse luminescente.

Cependant, personne n’aurait pu la préparer à ce goutte-à-goutte musical qui emplissait la vaste caverne. L’eau perlait depuis la haute voûte et venait s’écraser, en larmes éparses, dans les flaques calcaires aux tailles variées. Enfin, le sifflement aqueux d’Aguabrial finissait d’ajouter à l’atmosphère sonore du lieu.

Trônant au sommet d’un monticule d’or gris, le dragon ronflait doucement.

Se détournant de cette vision à la fois sereine et inhabituelle, Narhuitlalashishtom en profita pour prélever, le plus silencieusement du monde, un échantillon de mousse. Une fois qu’elle eut terminé, elle remarqua que le ronflement avait cessé.

Pivotant lentement sur elle-même, elle se rendit compte qu’Aguabrial la fixait, d’une paupière entrouverte, en même temps qu’il pénétrait son esprit.

Quel voleur, quel filou, quel vil malandrin avait osé s’introduire chez lui et allait devoir se préparer à affronter les flots de sa fureur ? Et comment se faisait-il que les effluves de deux de ses frères écailleux viennent flotter jusqu’à ses augustes naseaux ?

Narhuitlalashishtom allait devoir la jouer fine :



« Je ne suis pas une voleuse ! Bien qu’impressionnant, votre trésor ne m’intéresse pas. Je recherche autre chose. Je suis en quête de réponses.

- En quête de réponses ? D’œufs de dragon, oui ! gronda Aguabrial.

- Non, cela m’est interdit…

- Et impossible, surtout ! Comme si l’un de ces nourrissons à qui il faudrait apprendre à respirer pouvait s’emparer de ce que j’ai de plus précieux ! »


Aguabrial s’était dressé de toute sa hauteur, ses ailes ardoise déployées et fouettant l’air, sa longue queue épineuse fracassant les monolithes de calcaire à sa portée. Des geysers jaillissaient des cuvettes environnantes et l’eau s’était mise à bouillir dans chaque flaque.

Narhuitlalashishtom commençait à en avoir assez :



« J’ai survécu à deux dragons avant de pouvoir vous rencontrer, vous l’avez-vous-même senti ! Je mérite une chance de m’expliquer avant que vous ne décidiez de me faire quoique ce soit, quand même ! »


Aguabrial soupesa l’argument, lâcha un jet de vapeur et se laissa retomber sur son ventre renflé, éclaboussant les alentours de gerbes aurifères et précieuses.

Une nouvelle fois, Narhuitlalashishtom expliqua les origines et le déroulement de son voyage jusqu’à son arrivée dans la grotte du maître des eaux.



« Tu ne serais donc pas là pour… mon Dofus, s’étonna le dragon ?

- Non, comme je vous l’ai dit, je suis là pour vous, pour moi et personne d’autre.

- Pourtant… Depuis ton arrivée, je sens une odeur autre que la tienne… Une troisième présence qui ne s’est pas encore manifestée…

- Oh, oui ! Permettez-moi de vous présenter O’Mnom’Nom, il…

- Un shushu ! Ici ? Comment as-tu pu oser, impudente mortelle ? »


De nouveau, la grotte se remplit de vapeur d’eau, les cuvettes et les flaques bouillonnèrent. Aguabrial écumait de rage.


« Rassurez-vous, il est… dompté !

- Non. » la coupa la voix ensommeillée d’Om’.


Le dragon bouillait, littéralement.



« Il est apprivoisé !

- Non plus, assena le sac d’un ton moqueur.

- Je suis sa gardienne !

- Pas trop tôt. » soupira-t-il avant de bâiller.


Aguabrial n’avait pas perdu une miette de l’échange et semblait sur le point d’exploser. Pourquoi ferait-il confiance à celle qui frayait avec les démons ? Pourquoi n’éparpillerait-il pas ses membres aux quatre coins d’Amakna ?


« Parce que ce n’est ni l’heure, ni l’endroit, clama une Narhuitlalashishtom excédée ! Parce qu’il manque quatre-vingt-douze personnes, deux cubozoaires et un bocal de confiture ! Parce que vous ne quittez jamais votre grotte humide et votre monde onirique depuis que Djaul a voulu vous léser ! Parce que le plus effrayé de nous deux, contre toute attente, c’est vous ! »


Aguabrial accusa le coup, trépigna, gifla les vasques bouillonnantes de ses pattes écailleuses, fouailla le sol argileux, le lacérant, ouvrant les vannes à sa colère. A sa frustration. Ses rugissements n’étaient plus télépathiques.

Ce ballet de fureur dura de longues minutes au bout desquelles le reptile gigantesque retourna s’allonger, placide, sur son lit de fortune.



« Tu as la langue vive et sais te servir des mots. » lâcha-t-il mentalement.


Narhuitlalashishtom était tétanisée.



« Ah ! Si seulement tu pouvais voir ta tête, lança le dragon. Alors, quoi ? On a perdu l’usage de la parole ? »


La petite femme rougit, Aguabrial se moquait d’elle !


« Tu n'as pas tort… Le monde extérieur que je terrifiais autrefois… Ce monde… m’apporte plus de soucis qu’il ne le devrait. Il m’est devenu plus supportable de rêver et de dériver dans le plan astral...

- Pas trop de cauchemars chez les dragons ? » osa Narhuitlalashishtom.


Aguabrial ricana.



« Je suis le cauchemar. »


Au bout d’un bref silence, il déclara :


« Cela fait bien longtemps que je n’ai pas conversé avec un être de chair et de sang… Pas depuis la mort d’Ereziah, en tout cas. »


Narhuitlalashishtom lui proposa alors un marché : des nouvelles du monde extérieur agrémentées d’anecdotes personnelles en échange de ses découvertes à lui, sa vie, ses voyages sous forme astrale.


« Soit, étanchons nos soifs de connaissance respectives. »


Elle lui décrivit alors les paysages, les plantes et les animaux qu’elle avait rencontrés au cours de ses nombreux voyages.

Aguabrial lui parla des tout premiers temps du monde et de ses découvertes oniriques.

Chacun d’entre eux mutiplia les descriptions, les observations, en un véritable mille-feuilles d’expériences vécues et à vivre.

Narhuitlalashishtom en profita pour se renseigner sur les autres dragons mais son hôte, prudent, distillait les informations au compte-goutte. Tout au plus accepta-t-il de lui révéler qu’Ignemikhal noyait la perte de son Dofus dans la seule source capable de lui apporter l’oubli mais il ne se risqua pas plus loin.

Sur cette dernière déclaration, il mit fin à la conversation.



« Je te remercie et t’enjoins à revenir discuter avec moi, petite goutte d’encre sympathique. Une autre chose, avant que tu ne t’en ailles : en plus de celles des autres, tu devrais commencer à songer à coucher ta propre vie sur le papier… »


Narhuitlalashishtom, émue, lui sourit et se mit à rire avec chaleur avant lui de lui répondre qu’elle y songerait.

Quittant la caverne, traversant le rempart végétal obscur et longeant la rivière Kawaï jusqu’au pont éponyme, elle décida de se mettre sans tarder à la recherche du dragon élémentaire du Feu.
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MessageSujet: Re: Un aller, cent retours.   Lun 25 Mar 2013 - 20:00

Ignemikhal


Compulsant l’ensemble des ouvrages hydrographiques du Monde des Douze, Narhuitlalashishtom lista toutes les sources connues, de la plus insignifiante à la plus célèbre, mais n’en découvrit aucune qui satisfasse à la description donné par Aguabrial.

Après trois années de recherches, forages et étude des cours d’eau, Narhuitlalashishtom parvint à la conclusion qu’il n’existait aucune source apportant l’oubli, une fois son eau consommée.
Procédant par élimination, la seule boisson capable de telles prouesses… se trouvait sur l’île de Pandala.

Ne noyait-on pas ses tourments dans les tourbillons alcooliques ? Ne buvait-on pas, dit-on, pour oublier ? N'oubliait-on pas d'arrêter à force de se remplir le gosier ?

Tout devenait clair à présent : Ignemikhal se terrait sur l’île dédiée à la déesse de l’ivresse !

Quoi de plus logique que d’aller le chercher dans la partie Nord du territoire insulaire : Feudala ? Ne s’y dressait-il pas une colossale statue de dragon ? N’y élaborait-on pas l’alcool le plus puissant du Monde des Douze ? Si fait.

La disciple d’Enutrof se maudit pour ne pas avoir su, plus tôt, décrypter le sens caché des paroles d’Aguabrial… mais se félicita tout de même d’avoir étendu le champ de ses connaissances.

Obtenir un sauf-conduit auprès du Grandapan lui prit un mois entier. Elle marchanda d’innombrables heures et dut même, douleur indescriptible, verser quelques pots-de-vin.

Enfin, dûment assermentée, elle franchit la herse du village des adeptes du Poing Enflammé.

L’air était moite, sa respiration difficile et ses vêtements, pourtant fins, lui collaient à la peau. Après une visite approfondie des différents quartiers et de leurs échoppes, Narhuitlalashishtom prit la direction de la taverne principale. Ecartant les fines perles du rideau d’entrée, elle lança à la cantonade :



« Que l’on me serve de quoi soûler un dragon ! »


Un silence sépulcral s’abattit sur la salle, véritable chape de plomb sur la pièce emplie des effluves de l’alcool.

Un disciple de Pandawa, ivre, vomit sous l’effet de la surprise. Les coups d'oeil gênés des uns ainsi que les râclements de gorge et les regards courroucés des autres firent office d’aveu : Feudala abritait bel et bien un dragon.
Et pas n’importe lequel : Ignemikhal au Souffle de Braise, Ignemikhal l’Ecarlate, Ignemikhal le Buveur de Lave, Ignemikhal la Panse Ardente !

A la sortie du document délivré par la Grandapan, les clients les plus belliqueux rengainèrent leurs sabres et les tractations démarrèrent.
Les disciples de Pandawa achetèrent le silence de Narhuitlalashishtom en échange de la totalité de leur réserve de lait de bambou fermenté.

Rancunière, la fervente de l’Avaricieux n’avait pas oublié de rendre la monnaie de leur pièce aux administrateurs de la Nation Ivre. Et en petites coupures, s’il vous plaît ! Enfin, surtout en tonnelets ingérables par Om’…

Munie de son précieux chargement, Narhuit’ s’enfonça dans le dédale chaotique des pics rocheux de Feudala. Passant d’une carrière de dolomite à une exploitation de silicate, elle atteignit enfin le lieu d’exploitation qui lui avait été désigné comme servant de dépôt pour les offrandes au lézard cracheur de feu.

L’air était lourd. Narhuit’ regrettait la fraîcheur de l’antre d’Aguabrial et l’aération du nid d’Aerafal. Une forte odeur de soufre empuantissait l’atmosphère. Il n’y avait ici aucune autre forme de vie qu’elle… et Om’. S’installant à l’ombre d’un ancien gisement, les deux acolytes virent défiler la journée puis la nuit.

Lorsque le soleil réveilla Narhuitlalashishtom, il avait presque atteint son zénith. Et, dès que ce fut le cas, elle put remarquer qu’un point lointain s’en était détaché.

Au fur et à mesure que le temps passait, ledit point commença à grossir jusqu’à ce qu’elle puisse distinguer une silhouette. Celle-ci se dirigeait maintenant droit vers la carrière où se tenait la petite femme.

Ignemikhal, car c’était bien lui, se posa lourdement et leva son énorme gueule vers le ciel.

Il y vomit un torrent de flammes qui oscillèrent d’abord entre le rouge et le jaune pour finalement passer du bleu au blanc. Le dragon se mit à arpenter l’étendue de pierre rougeâtre, lâchant dédaigneusement quelques flammèches de ses naseaux vermillon.

Ignemikhal était le plus massif de tous les dragons que Narhuitlalashishtom avait rencontrés.

Trois fois plus imposant que ses frères, sa tête était carrée. De sa courte mais, ô combien, puissante mâchoire dépassaient des crocs aussi larges qu’un couvercle de tonneau. Son large cou donnait l’impression que son crâne, hérissé de pointes osseuses, était directement engoncé entre ses imposantes épaules.

Ignemikhal était énorme !

Son titre de Panse Ardente n’était pas usurpé : celle-ci rougeoyait de l’éclat d’un millier de tisons incandescents.

Ventru, son abdomen était prolongé d’une queue sur laquelle aurait pu s’asseoir un village entier ! Ses pattes, dont six personnes auraient peiné à faire le tour, possédaient des doigts rugueux au bout desquels étaient enchâssées, gemmes froides et mortelles, des griffes acérées.

Narhuitlalashishtom estima, cerise monstrueuse sur un gâteau titanesque, que les ailes cinabre du dragon auraient pu servir de voilure à quatre navires.

Les yeux d’ambre aux pupilles fendues se posèrent sur la disciple d’Enutrof dans la tête de laquelle résonna une question :



« Où sont les offrandes ? »


Aussitôt suivi d’une seconde :


« Où sont les gouttes d’oubli ? »


Narhuitlalashishtom tapota Om’de sa petite main ridée.


« Elles ne sont pas loin.

- Donne-les-moi,ordonna impérieusement Ignemikhal.

- Je ne suis pas une disciple de la déesse Pandawa.

- Et alors ?

- Je ne suis pas concernée par le tribut que les habitants de Feudala se sont engagés à vous verser.

- Dans ce cas, Enutrof comptera une adepte en moins dans très peu de temps ! rugit le dragon.

- Attendez ! Il y a, tout proche, bien plus que les réserves en alcool de Feudala ! »


Narhuitlalashistom expliqua que, de par son éducation et grâce à ses voyages, elle s’était constituée une cave telle qu’elle avait de quoi saouler tout Pandala. Et, ceci, dans un endroit connu d'elle seule !


« L’en-cas et la boisson, voilà qui est parfait, cracha Ignemikhal.

- Je propose que nous décidions du menu du jour à l'aide un jeu.

- Un jeu ? Lequel ? »


La curiosité du dragon semblait avoir été piquée au vif.


« Je vous propose… un concours de boisson. » glissa malicieusement Narhuitlalashishtom.


A ces mots, le cracheur de feu toussa et lâcha une gerbe de flammes colorées.


« Et quel serait l’enjeu ?

- Si vous gagnez, vous me dévorez. En revanche, si c’est moi qui l'emporte, vous me laissez la vie sauve.

- Petite chose insignifiante ! Tu penses être en mesure de marchander ? Rien ne m’empêche de ne faire qu’une bouchée de toi avant de m’emparer de tes offrandes, ici et maintenant ! »


Narhuitlalahishtom désigna la vaste étendue déserte de la main.


« Voyez-vous ne serait-ce qu’une goutte d’alcool, ici ?

-

- Non. Et pour cause, tout est à l'abri ! Je me suis fait remettre l’intégralité des réserves de boisson de Feudala. Si jamais vous en veniez à vouloir vous approvisionner autre part, vous seriez forcé de révéler votre existence au monde et je suis prête à parier que vous ne désirez pas subir les assauts répétés d’une armée d’aventuriers curieux.

- Misérable vermine ! Ainsi, tu veux jouer ? Eh bien, soit ! Mais, à ta place, je ne me bercerais pas d’illusions et m’enduirais déjà de sauce-barbecue... »


Narhuitlalashishtom sourit et demanda une journée de délai au dragon afin qu’elle puisse chercher tous les fûts et préparer l’endroit pour leur duel. Ignemikhal la lui accorda, ravi à l’idée d’ingurgiter une telle quantité de gouttes de feu, et s’envola en direction du soleil.

Narhuit’ passa le reste de l’après-midi à vider Om’ de ses réserves. La carrière fut bientôt envahie de récipients de tailles et de provenances aussi diverses que variées.

Lorsque le dragon revint le lendemain, la disciple d'Enutrof lui annonça que, trop fatiguée par la mise en place et la disposition d’autant de fûts si lourds, elle déléguait sa place à son sac. Om’ serait chargé de la représenter durant leur duel.

Ignemikhal se moqua d’elle mais accepta néanmoins avant de déclarer le début des hostilités.

A ces mots, Narhuitlalashishtom s’empara d’un tonnelet qu’elle déversa à l’intérieur du sac shushuté, d’où jaillit un rôt puissant peu de temps après.

Très rapidement, Ignemikhal s’offrit une avance plus que confortable. Le dragon prit donc son temps et s’arrêta, de temps à autres, pour railler son adversaire.

Imperturbable, Narhuitlalashishtom continuait de vider le contenu de ses tonneaux dans le gosier imperméabilisé d’Om’.

Au fil des barriques, le shushu se mit à rire, trembler et chanter mais accélérait toujours plus la cadence. Se moquant de l’apparence et des flammes du lézard ailé, il le provoqua en évoquant ses précédentes joutes alcoolisées et en élaborant des rengaines, peu élogieuses, traitant de l’espèce draconique.

Ignemikhal en vint à se prendre au jeu et y alla de blagues de son propre cru, se targuant, lui aussi, d'avoir une descente plus que raide.

De gloutorhums en bières de Bwork, au bout de huit heures de beuverie ininterrompues, le dragon se mit à s’épancher sur son existence. L’alcool aidant, après vingt-sept heures de bataille acharnée, le reptile ailé finit par s’endormir.

Satisfaite par les révélations obtenues, Narhuitlalashishtom endossa Om’ et s’éloigna discrètement des lieux de l’affrontement. Sans s’arrêter, elle traversa le territoire de l’île de Pandala, accompagnée par le chant du shushu.
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MessageSujet: Re: Un aller, cent retours.   Mar 26 Mar 2013 - 20:34

Chemin faisant


Alors que Narhuitlalashishtom empruntait le pont reliant l’île au continent, Om’ s’adressa à elle d’une voix plus nette que ce que son état aurait dû permettre :

« Et maintenant, qu’allons-nous faire ?

- Dégrisé ? s’amusa la petite femme.

- Il en faut plus pour me saouler, grinça-t-il, réponds à ma question, vieille folle !

- Comment ça ? renchérit-elle.

- Il ne nous reste plus aucun dragon pondeur à rencontrer, Nar’…

- Ce n’est pas parce que Dardondakal le Sage et Grougalorasalar le Fuligineux sont morts qu’il n’y a plus rien à apprendre d’eux, lui souffla-t-elle

- Mais…

- Il y a encore tant à découvrir ! N’as-tu pas remarqué la somme de connaissances nouvelles que nous avons engrangée au cours de ces dernières années, alors que nous cherchions les dragons ?

- Oui, d’accord, mais nous… »


Une nouvelle fois, la fervente du Dieu Dragon l’interrompit :


« Ne t’es-tu pas rendu compte de ce qu’Enutrof voulait réellement ?

- Ah, cette histoire-là, mumura le shushu

- Oui, cette histoire-là ! Avant celle-ci, nous… Je pensais avoir tout découvert ! Songe à tout ce que nous avons vécu par la suite et tu te rendras compte que je… que nous ne savions rien. Nous avons tellement appris, nous savons tellement de choses ! »


Narhuitlalashishtom s’emportait, galvanisée à la simple pensée de tout ce qu’ils avaient pu accomplir.


« Qu’en ferons-nous ?

- On va les accumuler et s’en servir, tiens ! Les vendre et les échanger contre d’autres, aussi. Le savoir, c’est le pouvoir, énonça doctement la disiciple d’Enutrof.

- Et donc ? Quel est notre prochain objectif ? demanda un Om’ séduit par le tour que prenait cette conversation.

- J’ai quelques questions à poser à Celui-Dont-On-Tait-Le-Nom… Nous nous rendons à Brâkmar. Il est temps de pousser le monde à arpenter notre chemin. Tu as d’ailleurs un rôle important à jouer dans cette entreprise, mon très cher O’Mnom’Nom, lança mystérieusement Narhuitlalashishtom

- Qu’est-ce que tu veux encore de moi, vieille peau ?

- Instruis-moi sur la Shukrute. Révèle-moi comment m’y rendre.

-

- Om’ ?

- Que veux-tu y faire ? » lança-t-il d’un ton suspicieux.


Narhuitlalashishtom leva les yeux au ciel.


« Apprendre, comme d’habitude !

- Tu ne trouveras rien là-bas, idiote. Tout y a été détruit, brûlé, digéré… Les shushus ne vivent que par et pour la destruction de toute chose…

- Justement, ce sont les shushus qui m’intéressent, glissa-t-elle malicieusement.

- Comment ça ? Je ne te suffis donc pas ? s'offusqua le sac.

- Tout doux, le shushu. On se calme… Vous êtes une mine d’informations fantastique… doublée d’un moyen de pression fabuleux. »


Om’ ne saisissait pas où sa gardienne voulait en venir.

Au fil des kilokamètres, Narhuit’ lui exposa ses plans.

Selon elle, la guerre entre Bonta et Brâkmar n’avait pas de sens. Bonta compensait la qualité de ses troupes par la quantité, s’assurant une mainmise quasi-totale sur les différents territoires de conquête.

En l’état actuel des choses, Brâkmar ne pouvait pas lutter de manière efficace. A terme, le Monde des Douze était voué à passer complètement sous la férule bontarienne.

Selon Narhuit’, il fallait trouver un moyen d’équilibrer la balance et, pour ce faire, doter Brâkmar d’un moyen de pression efficace.
Une fois cela accompli, les deux cités rivales n’auraient plus qu’à signer un armistice.
Le statut quo bénéficierait aux deux parties. Des échanges, d’abord commerciaux, verraient le jour et le partage des connaissances, des savoir-faire, suivrait rapidement.

Des découvertes, des innovations, en découleraient et seraient tout aussi utiles que profitables au commerce et ainsi de suite… Cercle vertueux.



« Comment comptes-tu t’y prendre ? »


La méfiance d’Om’ ne doucha pas l’enthousiasme de Narhuit’ qui continua.


« Tout d’abord, il me faudra faire partie des hautes sphères brâkmariennes. Etre au plus près du pouvoir me permettra d’avoir plus de poids et m’ouvrira plus de portes.

- Et tu comptes t’y prendre toute seule, comme une grande ? persiffla le shushu.

- Oh, non, je ne serai pas seule puisque je t’aurai avec moi, sifflota-t-elle.

- Attends-attends-attends, il te faudra quand même de nombreux soutiens, des voix qui sauront se faire entendre, des alliés incontestables !

- J’en trouverai. Je devrai bien les choisir et très certainement leur prouver que j’ai quelque chose à leur apporter mais j’en trouverai. »
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Narhuitlalashishtom
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MessageSujet: Re: Un aller, cent retours.   Mer 27 Mar 2013 - 18:49

Brâkmar


La petite femme, maintenant septuagénaire, enquêta donc sur le système et les intrigues politiques de coutume dans la cité sombre avant de s’y installer comme consultante.

Parallèlement, elle continuait ses investigations concernant la Shukrute et le moyen de s’y rendre. Om’ n’ayant pu l’éclairer sur ce dernier point.

Fortuitement, elle dénicha, dans le désordre de la réserve de la bibliothèque brâkmarienne, un témoignage marqué par le passé rapportant l’aller-retour de trois ailes de cuir dans la Shukrute.
A leur retour, ou évasion, de la dimension démoniaque, ces sombres personnages fondèrent une guilde qui se hissa rapidement au fleuron des défenseurs, représentants et combattants de Brâkmar.

Ces Primigènes, du nom qu’ils s’étaient choisi, Narhuitlalashishtom devait les retrouver, les comprendre et les mettre au courant des implications de leur voyage entre les plans.

Il était temps pour elle de passer à la phase suivante de son plan.

Elle choisit donc tout naturellement de rejoindre les rangs de Domen, par trop désertés depuis le putsch d’Oto Mustam.

En quatre jours seulement, elle reçut le titre de « Chasseuse d’Âmes ». En quatre jours seulement, elle acheva chacune des soixante-dix quêtes qu’on lui imposa.
Les personnes qu’elle avait rencontrées au court de sa vie lui furent d’une grande aide dans son ascension vers le pouvoir.

Maintenant dotée du rang qui seyait à ses ambitions, Narhuitlalashishtom n’avait plus à prouver sa fidélité à Brâkmar. Il ne lui manquait plus que les appuis, ceux qui lui permettraient de mettre la dernière phase de son plan à exécution. Elle savait où les trouver.

Motivée par l’appât du gain le plus précieux, elle allait devoir mettre le Monde des Douze en péril. Pour apporter une période faste à ce dernier, il lui fallait… d’abord nuire.



La suite ? La suite, vous la connaissez.


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